19 ans. Flinguée au LBD dnas la jambe puis tabassée au tonfa et à coups de pied : traumatisme cranio-facial, cerveau touché et état de stress aigu
Le 8 décembre 2018, à Marseille, plusieurs manifs s’étaient rejointes : une marche contre l’habitat indigne, un mois après l’effondrement meurtrier des immeubles de la rue d’Aubagne, une marche pour le climat et une manifestation de gilets jaunes, soit 500 flics mobilisés. Angélina, une jeune femme de 19 ans rentre chez elle. Pour éviter une manifestation des Gilets jaunes à laquelle elle ne participe pas, Angélina passe par une ruelle parallèle. « Quand tout à coup un groupe d’hommes, habillés en noir et armés de matraques, se précipitent en courant et en criant dans ma direction”.
Angélina est d’abord touchée par un tir de LBD à la cuisse puis, alors qu’elle s’est écroulée à terre, une dizaine de policiers la matraquent et la rouent de coups de pied à la tête. « Il y avait des traces de sang au sol, jusque sur les murs, racontera une témoin. La police en civil est partie sans même vérifier son état. » En voulant la protéger, son ami se fait également violenter par les “forces de l’ordre”.
Elle est opérée d’urgence pour « un traumatisme cranio-facial droit par coup de matraque et embarrure frontale droite en regard avec contusion cérébrale ». Crâne est fracturé, cerveau touché et « état de stress aigu ».
Avec son avocat Me Brice Grazzini, Angélina a porté plainte pour « tentative d’homicide par personne dépositaire de l’autorité publique », « violences aggravées » et « non-assistance à personne en danger ». Mais l’affaire a depuis été une succession de déceptions pour la partie civile : enregistrements radio du logiciel Acropol, qui capte les échanges entre policiers sur le terrain, effacés, images de vidéosurveillance de la ville aussi. L’enquête s’est même heurtée à une panne du logiciel Pégase, qui suit les demandes d’intervention à la police, l’après-midi des faits. Le dossier s’était soldé par deux non-lieux, prononcés en 2020 et 2022 faute de pouvoir identifier les policiers. À tel point qu’Angelina, avait dénoncé à l’AFP avoir été « abandonnée ». « Ils n’ont rien cherché ».
L’enquête a finalement été rouverte en juin 2023 sous la houlette d’une nouvelle juge d’instruction, Karine Lebrun, qui a repris les expertises. Les images du drame ont notamment été étudiées.
Selon Mediapart, à l’issue de leur GAV, des flics d’Aliiance, le syndicat poulaga, sont venus soutenir les mis en cause à la sortire de l’IGPN. Selon un proche du dossier, “l’ambiance était déjç très tendue à la fin de leur audition. La présence de policiers est vite apparue comme une pression exercée sur la commissaire de l’ICPN en charge de leur audition.”
10 policiers dont au moins six de la SISTC ont été mis en examen cet automne, essentiellement pour « non-assistance à personne en danger ». Mediapart avait révélé mi-novembre, que l’un d’eux avait avoué « avoir menti » à la justice au cours de sa première audition, en 2019, en invoquant des « pressions de sa hiérarchie et de son syndicat » Alliance.
Le policier, Vincent R., un fonctionnaire d’une trentaine d’années, désormais en poste à la BAC de Toulon, a été mis en examen pour « violences aggravées par trois circonstances (arme, réunion et par une personne dépositaire de l’autorité publique) », selon un communiqué du parquet. Il est le premier mis en examen pour violences depuis 2018.
Outre les 2 flics possibles auteurs des coups, un autre moins que rien, Stéphane N., a été mis en examen pour non-assistance à personne en danger.
Brice Grazzini a réagi en indiquant que « la partie civile, que je représente, se réjouit que, presque sept ans après les faits et suite à une bataille judiciaire sans précédent, le dossier soit relancé ».
Violences physiques
Arrestation
Détention
X
Bousculade / projection
Plaquage ventral mise à plat-ventre / décubitus ventral
“Pliage” (maintien d’une personne en position assise, la tête appuyée sur les genoux)
Clés aux bras douloureuses
X
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pied/genou sur la nuque, le thorax ou le visage
X
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Doigts retournés
Arrosage
Morsures de chien
Tirage par les cheveux
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Sévices sexuels
“Tamponnage » / “Parechocage“ (percussion par un véhicule de police)
Usage de gants
Usage d’arme à feu
Usage de “Bean bags” (un sac de coton contenant de minuscules billes de plomb)
Usage de FlashBall
Usage de grenade assourdissante
Usage de grenade de désencerclement
Usage de grenade lacrymogène
X
Usage de LBD40
X
Usage de matraques
Usage de spray lacrymogène
Usage de Taser
Usage de tranquillisants
Enlèvement
Torture, traitements inhumains et/ou dégradants
Expulsion
Disparition
Exécution
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
Accusation d’entrave à la circulation
Accusation de rébellion
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Accusation de manque de respect
Accusation de refus d’obtempérer
Agressivité, manque de respect, insultes
Intimidation, chantage, menaces
Simulacre d’exécution
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
Intimidation ou arrestation des témoins
Obstacle à la prise d’images
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Position inconfortable prolongée
Non-assistance à personne en danger
Prise de photos, empreintes, ADN
Menace avec une arme de poing
Tir dans le dos
Charge sans avertissement
Nassage (enfermement de manifestants dans une souricière)
Course-poursuite
Propos sexistes
Propos homophobes
Propos racistes
Intervention dans un lieu privé
Problèmes de santé mentale
Harcèlement
Fouille
Perquisition
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
Refus de soins ou de médicaments
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Insuffisance ou absence de surveillance pendant la détention
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
Privation de sommeil
Confiscation, détérioration, destruction des effets personnels
Vol ou destruction d’images
Pression pour signer des documents
Absence de procès-verbal
Complaisance des médecins
03.10.2025 – Mise en examen d’un policier pour violences aggravées et placement sous contrôle judiciaire avec interdiction d’acte de police, de voie publique ainsi que de porter une arme; mise en examen de cinq autres policierset placement sous contrôle judiciaire, sans interdiction d’exercer
00.06.2023 – Réouverture de l’enquête par la juge d’instruction Karine Lebrun
00.00.2020 : Non-lieu par défaut d’identification des policiers
00.00.2019 : Ouverture d’une information judiciaire pour « violences aggravées et non-assistance à personne en danger », confiée à l’IGPN
00.00.2019 – Dépôt de plainte pour « tentative d’homicide par personne dépositaire de l’autorité publique », « violences aggravées » et « non-assistance à personne en danger »
1er décembre 2018, 12 rue des Feuillants – Marseille
80 ans. Atteinte par un tir de grenade lacrymogène : décédée
Manif contre l’habitat indigne et le mal logement
Le 1er décembre 2018, à l’appel du Collectif du 5 novembre créé suite à l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, plus de 15 000 Marseillais.e.s manifestent contre l’habitat indigne et le mal logement qui a coûté la vie à 8 habitants du quartier de Noailles, soutenus par les Gilets Jaunes qui font alors la jonction lors de l’acte III.
Après avoir dispersé la manifestation devant la mairie et sur le Vieux-Port de Marseille, les forces de l’ordre repoussent les manifestant.e.s vers le haut de la Canebière.
Surnommée « Mama Zina » par ses proches, Zineb est chez elle, au quatrième étage du 12 rue des Feuillants. Elle prépare son dîner en discutant au téléphone avec sa fille Milfet, qui se trouve alors à Alger. Beaucoup de gaz lacrymogène entre par la fenêtre de sa chambre ouverte, qui donne sur la Canebière. À 18:57, Zineb se dirige vers la fenêtre pour la fermer. Elle met le haut-parleur de son téléphone qu’elle pose sur le radiateur situé sous la fenêtre afin de continuer la conversation en ayant les mains libres, et passe la tête par la fenêtre pour regarder dans la rue avant de la fermer.
Elle voit alors deux policiers sur la Canebière, au croisement de la rue des Feuillants devant l’enseigne C&A. L’un d’entre eux tient un lance-grenade braqué en sa direction. Leurs regards se croisent quelques instants : son visage n’est pas masqué. « Je pourrai le reconnaître » a-t-elle affirmé à sa fille Milfet et à son amie Imen. Puis, elle reçoit une grenade lacrymogène sur l’hémiface droit de son visage. Les deux policiers montent alors en voiture et s’éloignent des lieux.
Immédiatement, elle déclare à sa fille Milfet inquiète d’entendre ses cris : «Il m’a visée, le policier m’a visée! » Malgré le choc de l’impact, Zineb reste debout et éteint le début d’incendie provoqué par les palets incandescents libérés par la grenade. Dans une pièce de 12 mètres carrés noyés par 800 mètres cubes de gaz, et en pleine hémorragie, elle piétine seule les étincelles qui brûlent au sol.
Sa voisine du dessous, alertée par ses cris, monte immédiatement lui porter assistance tandis que son amie Imen, prévenue par sa fille Milfet, appelle les pompiers dont la caserne est située à moins de 200 mètres sur la Canebière. Elle devra les rappeler trois fois, et ils mettront 1 heure 20 à venir lui porter secours. Pendant ces 80 minutes, Zineb les attend assise sur les marches du palier du 3ème étage, contenant une hémorragie importante à l’aide de nombreuses serviettes éponge fournies par sa voisine Nadjia.
Lorsque les pompiers arrivent enfin, un policier est avec eux et réclame les clés de l’appartement de Zineb, qui refuse de les lui donner. Elle explique qu’elle a déjà éteint l’incendie, fermé le gaz et coupé l’électricité. Le policier insiste et menace de forcer la porte, alors Zineb lui laisse les clés et se fait conduire à l’hôpital de la Timone peu avant 21h. Elle attend ensuite avec Imen près de 4 heures aux urgences avant d’être prise en charge pour suturer les plaies du visage dont l’hémorragie continue.
Un doute persiste sur la raison de la présence dans l’appartement d’un pompier et d’un policier pendant et après la prise en charge de Zineb par les pompiers. On ne sait pas ce qui a été fait sur la « scène de crime » à ce moment.
Au alentours de 4h du matin le 2 décembre, elle sera transférée à l’hôpital de la Conception. Avant d’être admise au bloc opératoire 10 heures plus tard, à 14 heures le 2 décembre, elle fait trois arrêts cardiaques. Son cœur parvient à redémarrer et elle reste consciente, ce qui lui permet de parler au téléphone avec Milfet alors qu’elle se trouve en service de réanimation, avant qu’on ne déclare finalement sa mort à 22:30, soit 27,5 heures après l’impact de la grenade, à l’hôpital de la Conception.
La version de la police
Au cours de l’enquête, le commandant des CRS mis en cause refuse de donner l’arme à l’origine du tir. Sur les 5 policiers porteurs d’un lance-grenades au moment des faits, aucun n’a reconnu son implication.
La version officielle parle d’un tir en cloche qui serait tombé au mauvais endroit. Les premiers constats d’enquête concluent à l’impossibilité de retrouver précisément l’auteur du tir. L’une des caméras de la ville, qui aurait pu permettre d’identifier précisément le CRS à l’origine du lancé de grenade, était en panne, le groupe d’agents concerné se disait alors incapable de dire qui, précisément, avait tiré en direction du mur d’un immeuble ce jour-là, à 30 mètres à peine et leur bonne foi n’a pas été remise en cause.
Un expert en balistique cité par Le Monde en juin 2020 avait bien repéré un tireur à partir de caméras plus lointaines mais cela ne permettait en aucun cas de déterminer l’identité du CRS en question. Selon les récits des policiers et de leur supérieur hiérarchique, acté sur procès-verbal, la cible, quoi qu’il en soit, n’était pas la vieille dame à sa fenêtre. D’après leurs versions, il s’agissait d’un tir en cloche pour disperser les manifestants au sol.
Il est totalement impossible qu’une grenade puisse occasionner de telles fractures alors qu’elle est en phase descendante, en retombée. De surcroît, l’ogive de grenade s’ouvre lorsqu’elle se situe en haut de sa trajectoire et l’ensemble des éléments la constituant (ogive + capsules de gaz lacrymogène) retombe avec une force cinétique très faible. Il ne peut y avoir d’impact dans ces conditions.
La présence d’un impact puissant susceptible de fracturer les os du visage à une distance de 30 à 40 mètres implique un « tir tendu » : la grenade est alors dans sa trajectoire montante et tirée avec un angle de 20 à 30°, soit en dessous de l’inclinaison verticale obligatoire de 30 à 45°.
Se présentent alors deux hypothèses :
soit le policier visait délibérément Zineb et a dirigé son arme en tir direct (non règlementaire) vers elle pour l’atteindre de plein fouet, ce qui impliquerait une tentative d’homicide ou un homicide volontaire,
soit le policier effectuait un « tir de façade » (non règlementaire) consistant à s’affranchir d’un obstacle en faisant rebondir la grenade sur un mur afin que les capsules lacrymogènes atteignent par rebond une foule dans un angle mort, ce qui impliquerait un homicide « involontaire ».
Au vu de la configuration des lieux, de l’angle de la rue des Feuillants par rapport à la Canebière, mais aussi des panneaux de chantier qui obstruent la visibilité sur la rue des Feuillants depuis la Canebière, l’hypothèse d’un tir de façade est crédible, dans la mesure où aucun tir direct, y compris en cloche, ne pouvait atteindre les manifestants présents plus haut dans la rue des Feuillants, très étroite et entourée d’immeubles hauts.
Sur les images produites par Désarmons-les !, on voit le champ de vision extrêmement réduit depuis la Canebière sur la rue des Feuillants. Le seul angle permettant un tir direct en cloche (règlementaire) sur une foule située plus haut dans la rue des Feuillants n’aurait jamais pu atteindre Zineb de plein fouet (sa fenêtre est située à l’endroit de la croix rouge). Sur les trois autres vues, seule l’angle depuis le centre de la Canebière ou le trottoir devant le magasin C&A permet d’atteindre la fenêtre de Zineb. Mais un tir depuis là ne peut en aucun cas atteindre les manifestants dans la rue des Feuillants, hormis par un rebonds (tir de façade). Ou alors Zineb était directement et volontairement visée…
La reconstitution ds faits par Disclose et Forensic Architecture établira que la grenade était équipée d’un lanceur de 100m, alors que l’appartement de Zineb n’était distant que de 30 mètres… L’expertise précise que l’impact a eu lieu à 37 mètres, dans la trajectoire encore montante de la grenade, à plus de 97 km/h. De type MP7, cette grenade est prévue pour évacuer un espace extérieur d’environ 1000m2.
Avant même de disposer d’éléments factuels et établis, le procureur Xavier Tarabeux a affirmé que « le décès résulte d’un choc opératoire et non d’un choc facial », ajoutant qu’« à ce stade, on ne pouvait pas établir de lien de cause à effet entre la blessure et le décès ».
La version de la Justice (?)
Fin décembre, Milfet Redouane et Imen Souames ont organisé le rapatriement du corps de Zineb, qui a été inhumé le 25 décembre à Alger. Elles ont également fait le choix de confier leur plainte à Yassine Bouzrou, qui a défendu plusieurs familles de victimes par le passé.
Le 24 avril 2019, la juge en charge de l’enquête est pointée du doigt après avoir demandé aux experts d’établir le montant de l’Incapacité Totale de Travail de Zineb . Pour autant, il n’est pas possible à ce stade de juger des avancées de l’enquête, confiée à l’IGPN. Des experts médicaux et balistiques ont été désignés dès le 10 décembre et devaient fournir un rapport en mars 2019.
En mai 2019, il n’y a toujours pas de nouvelle de ces expertises. Par conséquent, Me Bouzrou a mis en cause l’impartialité de la juridiction marseillaise et a demandé le dépaysement de l’affaire, qui a été refusé par l’avocat général près la Cour d’Appel d’Aix, Robert Gelli, le 2 mai 2019, estimant que « la requérante » ne fournit « aucun élément sérieux de nature à mettre en cause l’impartialité du magistrat instructeur saisi ».
Le 5 juin 2019, Yassine Bouzrou dépose plainte pour « faux en écriture publique aggravé » après avoir été informé que l’une des 4 caméra censée être la plus proche de l’endroit où a été effectué le tir serait inopérante : « Il est particulièrement surprenant que ce soit justement cette caméra qui ait été déclarée inopérante. La thèse malheureuse du défaut de fonctionnement de la caméra la plus proche des lieux des faits n’est pas crédible, et ce notamment au regard des manœuvres employées […]. »
Suite à l’audition par l’IGPN fin janvier des cinq CRS de Saint Etienne (CRS 50) porteurs de lanceurs Cougar le soir du 1er décembre sur la Canebière, on apprend qu’ils étaient accompagné d’un délégué du procureur de Marseille, André Ribes. Celui-ci, équipé d’un brassard « Parquet », apparaît en effet sur plusieurs vidéos.
Dans un périscope diffusé sur internet, le moment de la scène et l’atmosphère générale est retranscrite sur un laps de temps de 3 minutes correspondant au moment où les CRS arrivent au croisement de la rue des Feuillants avant de progresser plus en amont sur la Canebière : https://www.periscope.tv/w/1eaKbOZBQbXGX. Entre 14:01 et 14:09, on entend que les policiers procèdent à trois tirs de grenades à l’aide de lanceurs Cougar. S’il y a eu d’autres tirs, ils ne sont pas audibles sur cette vidéo. André Ribes apparaît à plusieurs reprises sur cette vidéo, ainsi que sur d’autres images prises plus tôt sur le vieux port.
Le 20 juin 2019, le procureur général Robert Gelli accepte à reculons le dépaysement de l’enquête : « Au moment de la manifestation, un magistrat du parquet était présent aux côtés des forces de l’ordre, ce qui, en soi, n’a aucune incidence sur les faits mais peut créer une forme de suspicion. C’est un élément que j’ignorais jusqu’alors et qui me gêne un peu. Je considère que la sérénité de la poursuite de l’information à Marseille risque d’être perturbée. Autant anticiper des polémiques inutiles. »
Le 2 juillet 2019, nouveau rebondissement dans l’affaire avec la publication d’un rapport d’autopsie réalisé par les médecins légistes du centre hospitalo-universitaire d’Alger suite au rapatriement du corps de Zineb le 25 décembre en Algérie : les professeurs Rachid Belhadj et Radia Yala affirment que « la victime présentait un important traumatisme facial imputable à l’impact d’un projectile non pénétrant », confirmant ainsi la responsabilité directe du tir dans la mort de Zineb.
Le 8 juillet 2019, Me Bouzrou annonce avoir saisi le Conseil Supérieur de la Magistrature à l’encontre du procureur Xavier Tarabeux, lui imputant des « manquements déontologiques et disciplinaires » pour avoir nié dés les premiers jours la responsabilité du « choc facial » dans le décès de Zineb, mais également pour avoir dissimulé la présence du procureur adjoint André Ribes à proximité des CRS à l’origine du tir de grenade.
Milfet Redouane et Imen Souames, accompagnées par des personnes de confiance, dont certaines sont des habitantes solidaires du quartier de Noailles, où habitait Zineb, ont constitué un comité et choisi de mener la bataille pour faire la lumière sur la mort de Zineb.
Selon France Inter, le rapport administratif final de l’IGPN, réalisé par des enquêteurs marseillais, a tenu compte de toutes les données, y compris celles de Disclose, qui ont été recoupées et ont permis d’identifier au final l’auteur du tir, comme le révèle Frédéric Charpier dans son livre.
Dans ses conclusions, selon plusieurs sources proches du dossier contactées par France Inter, l’Inspection générale de la police nationale estime que le tir à partir d’un lanceur Cougar était bien règlementaire sur le principe. Mais qu’il y avait bien un risque, que c’était “une action manifestement disproportionnée” et que l’auteur du tir ainsi que son superviseur (les CRS fonctionnent en binôme) ont fait preuve d’un “manque de discernement” à vouloir tirer dans la direction choisie. Et la directrice de l’IGPN, Brigitte Jullien va jusqu’à préconiser la convocation d’un conseil de discipline, ce qui signifie qu’il y a bien une faute professionnelle et qu’elle est d’un niveau de gravité suffisant pour justifier une telle convocation.
Des recommandations que Fréderic Veaux, le directeur général de la Police Nationale a décidé de ne pas suivre. Le patron de la police a classé le dossier sans prendre la moindre sanction au-delà d’un stage de formation continue pour les deux CRS concernés. Toujours selon nos informations, le DGPN est en désaccord avec la cheffe de l’inspection générale, estimant qu’il n’ y a rien dans le dossier qui démontre qu’il y a une faute grave. Que ce n’est d’ailleurs écrit nulle part. Et qu’au contraire, le rapport décrit bien les conditions d’exercice extrêmes dans un cadre limite insurrectionnel qui ne pouvait au milieu des fumées, en pleine nuit, qu’altérer le discernement des CRS. Et enfin, que cela ne pouvait en aucun cas leur être reproché.
En revanche, à aucun moment, les enquêteurs marseillais de la police des polices n’ont estimé que le CRS avait délibérément visé la fenêtre où apparaissait Zineb. Sur ce point-là comme sur le reste, et malgré ce classement administratif, le dossier a été transmis ces derniers jours au juge désormais en charge de cette affaire, qui a été judiciarisée à Lyon.
Le , le CRS auteur du tir mortel est mis en examen pour « homicide involontaire ».
Comité Vérité, Justice et Dignité pour ZinebRedouane
Le 28 mars 2019, Milfet Redouane sort du silence en adressant une lettre ouverte au président Macron suite à ses propos concernant Geneviève Legay, militante d’Attac blessées par des CRS le 23 mars à Nice dans le cadre d’une manifestation de gilets jaunes. Elle se prononce notamment pour l’interdiction des armes qui ont tué sa mère : « La vraie sagesse, c’est d’interdire ces armes ».
Le Comité a rencontré à Paris début avril plusieurs familles touchées par les violences d’État, des journalistes engagés, ainsi que des collectifs et personnes investies depuis plusieurs années auprès de victimes de violences policières. Milfet Redouane est notamment accueillie avec chaleur et émotion par Jérôme Rodrigues (gilet jaune éborgné par un tir de LBD lors d’une manifestation le 26 janvier 2019) et l’Assemblée parisienne des Gilets Jaunes le 9 avril 2019.
Milfet et Imen s’expriment ensemble fin avril 2019 dans une vidéo tournée par le collectif militant marseillais Primitivi, afin de revenir sur les faits et d’expliquer leur démarche 23.
Le 27 avril 2019, des manifestant-es solidaires collent une fausse plaque en hommage à Zineb par dessus le panonceau de la rue des Feuillants. Régulièrement, des hommages sont rendus à Zineb dans le cadre des commémorations des victimes de l’écroulement des immeubles de la rue d’Aubagne, dans la mesure où la mort de Zineb est intervenue en marge d’une manifestation suite à ce drame et que les victimes étaient toutes habitantes du même quartier que Zineb.
Justice et Lumière pour Zineb et ses proches !
Violences physiques
Bousculade / projection
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pied/genou sur la nuque, le thorax ou le visage
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Clés aux bras douloureuses
Doigts retournés
Arrosage
Morsures de chien
Plaquage ventral / mise à plat-ventre / décubitus ventral (DV)
“Pliage” (maintien d’une personne en position assise, la tête appuyée sur les genoux)
“Tamponnage” (percussion par un véhicule de police)
Tirage par les cheveux
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Sévices sexuels
Usage de gants
Usage d’arme à feu
Usage de “Bean bags” (un sac de coton contenant de minuscules billes de plomb)
Usage de FlashBall
Usage de grenade assourdissante
Usage de grenade de désencerclement
X
Usage de grenade lacrymogène
Usage de LBD40
Usage de matraques
Usage de spray lacrymogène
Usage de Taser
Usage de tranquillisants
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
Accusation d’entrave à la circulation
Accusation de rébellion
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Accusation de manque de respect
Accusation de refus d’obtempérer
Prise de photos, empreintes, ADN
Menace avec une arme de poing
Tir dans le dos
Charge sans avertissement
Course-poursuite
Agressivité, manque de respect, insultes
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Propos sexistes
Propos homophobes
Propos racistes
Problèmes de santé mentale
X
Non-assistance à personne en danger
Harcèlement
Arrestation
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
X
Intimidation, chantage, menaces
Intimidation ou arrestation des témoins
Obstacle à la prise d’images
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
Refus de soins ou de médicaments
Perquisition
Fouille
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Insuffisance ou absence de surveillance pendant la détention
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Pression pour signer des documents
Absence de procès-verbal
Détention
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
Complaisance des médecins
Nassage (enfermement de manifestants dans une souricière)
Position inconfortable prolongée
12.09.2024 – Mise en examen du CRS auteur du tir mortel est mis en examen pour « homicide involontaire »
01.05.2023 – Ordonnance de la juge d’instruction désignant deux experts pour déterminer la « responsabilité médicale » des pompiers et du personnel de l’hôpital dans leur prise en charge de la victime
30.10.2021 – Classement administratif sans sanction par le directeur général de la Police Nationale Fréderic Veaux, malgré l’avis de l’IGPN recommandant de la convocation d’un conseil de discipline pour une faute professionnelle grave
30.11.2020 – Reconstitution 33D par Disclose et Forensic Architecture contradisant formellement l’analyse balistique
20.05.2020 – Rapport d’expertise balistique disculpant les policiers
00.08.2019 – Dépaysement de l’affaire à Lyon
08.07.2019 – Saisie du Conseil Supérieur de la Magistrature à l’encontre du procureur Xavier Tarabeux pour « manquements déontologiques et disciplinaires »
02.07.2019 – Rapport d’autopsie de médecins Algériens sur le corps rapatrié
20.06.2019 – Le parquet accepte la demande de dépaysement
05.06.2019 – Dépôt de plainte pour « faux en écriture publique aggravé »
02.05.2019 – Refus de la demande de dépaysement par l’avocat général près la Cour d’Appel d’Aix Robert Gelli
00.05.2019 – Demande de dépaysement de l’affaire en suite du rapport d’expertise toujours pas achevé et le doute sur l’impartialité des juges marseillais
12.04.2019 – Dépôt de plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner »
00.01.2019 – Audition des cinq CRS de Saint Etienne (CRS 50) porteurs de lanceurs Cougar le soir du 1er décembre sur la Canebière
06.12.2018 – Rapport d’analyse des images vidéo par l’IGPN
10.12.2018 – Ouverture d’une enquête confiée à l’IGPN; désignation d’experts médicaux et balistiques
04.12.2018 – Ouverture d’une information judiciaire confiée à un juge d’instruction
Tir en cloche ou tir tendu ? Les images reconsitutées de Désarmons-les ! :
Vidéo sur Périscope : moment de la scène et l’atmosphère générale est retranscrite sur un laps de temps de 3 minutes correspondant au moment où les CRS arrivent au croisement de la rue des Feuillants avant de progresser plus en amont sur la Canebière. Entre 14’01 et 14’09, on entend que les policiers procèdent à trois tirs de grenades à l’aide de lanceurs Cougar. S’il y a eu d’autres tirs, ils ne sont pas audibles sur cette vidéo. André Ribes apparaît à plusieurs reprises sur cette vidéo, ainsi que sur d’autres images prises plus tôt sur le vieux port.
40 ans. Atteint par une grenade de désencerclement : éborgné
LES FAITS
Acte 3 des Gilets jaunes, Puy-en-Velay. Hédi raconte :
“Je vais tenter aujourd’hui de partager avec vous mon expérience. Une expérience « gilets jaunes » bien-sûr, puisque c’est le point de départ de cette histoire, mais une expérience de vie…
À l’IGPN, à des inconnus, à ma psychologue… cette histoire je l’ai racontée, en transpirant, en tremblant, en pleurant. Mais c’est la première fois que je me livre à cet exercice, comme ça. Trois ans se sont écoulés et je peux désormais vous en parler, non sans émotion, mais sans que celles-ci ne débordent en un flot de tristesse et de colère. Avec un certain recul.
NOVEMBRE 2018
Je suivais une route paisible. La voie d’une vie tranquille comblée par mon métier de formateur, par les mélodies de mon accordéon et les paysages authentiques de haute Loire.
La nationale 88, cette autre route que j’empruntais tout les jours pour me rendre au travail se faufile à travers ces doux reliefs en évitant parfois des excroissances de terre sans vie.
Mais des silhouettes ont pourtant choisi ces endroits pour se rencontrer, partager, et ont commencé à redonner vie à ces ronds points qui se sont vite teintés de jaune, un jaune éblouissant, persistant jour et nuit. Ni la pluie, ni le brouillard, ni le froid ne faisaient fuir ces âmes solidaires, aux passés et aux vies parfois si différentes. À la lumière de mes phares, les invisibles devenaient visibles et fermer les yeux n’était pas une option. Demain j’allais pourtant en fermer un pour le reste de ma vie…
1er DÉCEMBRE 2018
Aurais-je dû avoir peur ?
Ce jour là, le parking poids lourds n’en pouvant plus de retenir les milliers de personnes venues se faire entendre, laissait fuir la déferlante jaune dans les artères de la ville. Une foule armée d’idées, de slogans, de chants et de pancartes qui exprimait sa détresse, sa colère, criait à l’injustice. Le mouvement était beau et déjà méprisé, et le message était clair et déjà incompris. Ou plutôt il fallait faire semblant de ne pas le comprendre, cela leur passerait…
Sur le parcours, appareil photo en poche je capturais les dessins et les mots enfin libérés sur du carton, du tissu, sur les gilets. Je saisissais également de temps en temps les ambiances en filmant. Nos pas nous menèrent jusqu’à la vaste place du breuil qui prit la couleur fluorescente de l’espoir. Pas un flic…
J’ignorais alors que je vivais les derniers instants d’une vie que j’admirais de mes deux yeux. J’observais, je discutais, il faisait froid. Le bruyant défilé ininterrompu des tracteurs devant le portail de la préfecture animait largement l’instant. L’un d’eux marqua un temps d’arrêt pour déverser des pneus. Puis au bout d’un moment, et sans gros efforts, ceux qui avaient pour but d’ouvrir l’impressionnant portail arrivèrent à leur fin.
Dans le calme, la cour de la Ppréfecture se colorait de jaune à son tour. Les gens allaient et venaient naturellement, des jeunes, des vieux, des très jeunes, des très vieux, des familles… Derrière les fenêtres des étages supérieurs des visages nous observaient, nous prenaient en photo. Les cameras de BFM, ainsi que les téléphones enregistraient cette petite victoire, cette scène incroyable déjà diffusée en boucle à la télé. Ces même téléphones communiquaient avec les autres groupes, les ronds point, nous maintenaient informés de l’évolution des choses à travers le pays.
Je garde en mémoire ce moment émouvant ou une des plus grandes banderoles s’est placée devant l’entrée du bâtiment : « Reprenons notre destin en mains ». Et ce n’était pas que des mots. Une réelle prise de conscience, une volonté de se réapproprier un pouvoir de décision naissait. Nous avions une histoire commune et le poing levé comme un. Le moment était puissant et j’oubliais l’heure, pourtant je devais m’assurer de ne pas partir trop tard, je devais prévoir le temps de passer prendre les billets pour le concert de ce soir et de me débarrasser de cette odeur tenace de fumée. Changement d’ambiance…
Le monticule de pneus avait été déplacé à l’intérieur de la cour. Toujours pas un flic. Jusqu’au moment où un gendarme ouvrit la fenêtre qu’un manifestant tentait d’ouvrir. Les quelques fonctionnaires armés décidèrent, au bout d’un moment, de procéder à l’évacuation de la cour.
C’est alors le seul moment de tension auquel j’ai pu assister ce jour. Je me tenais à distance comme depuis le début car je ne suis pas venu me battre, d’ailleurs je ne voulais surtout prendre aucun risque. La foule se précipitait alors vers la sortie, gênée par les battants qui s’ouvraient et se fermaient. Certains ont en vain essayé de garder leurs positions à l’aide des lourds pneus, essuyant de violents coups de matraques et des jets de gaz lacrymogène.
Des citoyens désarmés et aux visages découverts faisaient face aux quelques gendarmes, à peu près cinq. Ils n’avaient rien n’a se reprocher, et sans doute rien n’a perdre non plus. Quel était le sens de tout ça ? Allions nous changer le cours de l’histoire aujourd’hui, ou tout au moins, allions nous nous faire entendre pour une fois ?
Les uniformes réussirent à maintenir le portail fermé en attendant une chaîne et un cadenas. Voilà, nous étions là, dans un nuage de fumée. Ici on toussait jusqu’à vomir, là on courait à la recherche de sérum ou d’eau pour se rincer les yeux. Certains parlaient aux hommes en bleu à travers les barreaux, d’autres, en s’aidant de ce qu’ils trouvaient, s’obstinaient à vouloir briser la chaîne du portail, symbole d’une séparation, d’une fracture.
Le face à face dura un bon moment. C’est alors que je sortis mon appareil pour filmer une de ces scènes. Mon doigt s’abaissa lentement sur le bouton qui déclencha le début de l’enregistrement, une…deux…à la cinquième seconde une violente explosion retentit à hauteur de mon visage et me fit reculer. Puis du noir à gauche, puis le silence.
J’ai d’abord pensé à une grenade lacrymo, d’ailleurs je ne connaissais que ça. J’allais me laver l’œil et retrouver la vue, ça ne devait être que ça, il fallait que ça ne soit que ça.
Je me retrouvais dans cette bulle de silence et d’effroi, dans laquelle le temps n’existait plus. J’eus le réflexe d’incliner la tête vers le bas et de poser ma main sur mon œil dont la substance épaisse glissa entre mes doigts pour finir au sol.
Mon regard se mit à la recherche d’aide. Il faut vite m’emmener à l’hôpital, mon œil, je ne veux pas perdre mon œil, pas ça. Je me tournais vers les gens qui se trouvaient derrière moi. Leurs regards effarés confirmait la gravité de la blessure. Mon gilet jaune devenu rouge, je me raccrochais à un fil d’Ariane, à un fil d’espoir ténu, prêt à rompre. Non, je ne veux pas perdre mon œil. C’est impossible.
À aucun moment je n’ai perdu connaissance. Accompagné des personnes qui m’ont rassuré et prodigué les premiers soins, je levais le poing une dernière fois et je quittais les lieux en direction du véhicule des pompiers garé loin, trop loin.
LES « MUTILÉS POUR L’EXEMPLE » DE GRANDS CŒURS AUX CŒURS GROS.
Nous cheminons bien-sur individuellement, en réalisant qu’une nouvelle vie s’impose à nous, en faisant face ce qui nous est arrivé. Mais aussi en essayant de surmonter l’épreuve de la mutilation, un véritable deuil, une épreuve qui en cache bien d’autres.
En effet, elle marque un arrêt brusque à nos activités, professionnelles ou personnelles, vient compromettre des projets. Elle provoque aussi des ruptures, altère notre rapport aux autres…vient éclabousser largement nos vies. Nous nous voyons profondément changer. Ainsi chacun évolue à sa façon, comme il le veut et comme il le peut.
Nous cheminons également collectivement avec « les mutilés pour l’exemple », un collectif, sur le point d’évoluer en association, constitué de victime de violences policières, de violences d’état. Disséminés dans la France entière, nous nous réunissons quand nous le pouvons pour marcher ensemble contre les violences policières. C’est lors de la dernière marche d’Amiens, les 16-17-18 octobre 2020, que j’ai eu le plaisir de rencontrer d’autres blessés pour la première fois. Nous nous sommes rencontrés, racontés nos histoires, nous avons parlé de nos souffrances et de nos colères communes sans crainte d’être jugés.
L’entraide sous toutes ses formes, juridique, psychologique, financière… résume l’existence du collectif car la mutilation est seulement la trace visible.”
VIOLENCES
Violences physiques
X
Grenade de désencerclement
Taser
Tir de LBD
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pieds/genoux sur la nuque, le thorax ou le visage
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Clés aux bras douloureuses
Doigts retournés
Usage de matraques
Morsures de chiens
Usage de spray lacrymogène
Tirage par les cheveux
Arrosage
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Usage de gants
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
Accusation de rébellion
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Menace avec une arme de poing
Agressivité, manque de respect, insultes
Refus de soins ou de médicaments
Propos sexistes
Propos homophobes
Propos racistes
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
Intimidation ou arrestation des témoins
Obstacle à la prise d’images
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Pression pour signer des documents
Confiscation, détérioration, destruction des effets personnels
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
53 ans. Atteint par un tir de LBD : sévèrement blessé au cou
LES FAITS
Alain est médaillé de la Défense nationale, il a participé à des opérations au Tchad et a servi deux ans en République de Djibouti, il est également diplômé d’État d’aide médico-psychologique auprès d’un public d’autistes. Il raconte son Acte 3 des Gilets jaunes :
« Le 1er décembre 2018, pour l’acte III, je suis venu à Paris, en compagnie d’autres Jurassiens, pour participer à ma première manifestation en tant que Gilet jaune. Place de l’Étoile, alors que m’étais mis à l’écart pour régler mon appareil photo, j’ai ressenti une immense douleur. J’avais reçu un tir de LBD dans le cou, ma carotide était apparente ! J’ai perdu connaissance quelques secondes plus tard. À l’hôpital Lariboisière, le chirurgien m’a confié que j’avais échappé à la mort à deux millimètres près. Ma plainte a été classée par l’IGPN qui a affirmé ne pas avoir trouver ma trace dans les dossiers des pompiers de Paris qui m’ont transporté, ni de vidéos en dépit de toutes les preuves fournies aux enquêteurs.
Malgré la peur, je suis revenu à Paris pour l’Acte IX. Dénoncés par un patron de McDo, nous sommes trois à avoir passé dix heures en garde à vue, dans les geôles crasseuses pour « rassemblement dans le but de commettre des violences sur les forces de l’ordre », avant d’être libéré sans suite. Depuis, mes deux camarades ont arrêté les manifestations par peur pour leur famille.
C’est à cette période que j’ai adhéré au collectif « Les mutilés pour l’exemple ». Avec plusieurs anciens militaires, nous nous sommes également donnés pour mission de témoigner contre les violences policières. Nous sommes donc allés chez le fabricant suisse de LBD, dans le canton de Berne, ainsi qu’à l’ONU à Genève. Force est de constater que nos bérets et nos médailles n’ont jamais freiné les violences des la BAC et des CRS !
Lors de l’Acte XXXIII à Paris, j’ai pris la parole devant des centaines de Gilets jaunes et j’ai arraché mes médailles pour les jeter au sol ! Si elles n’avaient aucune valeur pour ces soi-disant gardiens de la paix, elles n’en avaient donc plus pour moi !
Aujourd’hui, ma vie s’est arrêtée. Je prends des antidépresseurs et des somnifères pour échapper aux cauchemars. Je suis incapable de reprendre mon travail avec les autistes. Ma situation est devenue précaire et j’ai dû m’inscrire aux Restos du cœur. Mon amie et mes deux enfants sont révoltés parce qui m’arrive. Malgré tout, je continue les manifestations parce que je reste soldat et fidèle à mes valeurs.
Je suis atteint au plus profond de ma dignité d’avoir un jour servi la France et de voir comment cette même France m’a détruit. »
VIOLENCES
Violences physiques
Grenade de désencerclement
Taser
X
Tir de LBD
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pieds/genoux sur la nuque, le thorax ou le visage
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Clés aux bras douloureuses
Doigts retournés
Usage de matraques
Morsures de chiens
Usage de spray lacrymogène
Tirage par les cheveux
Arrosage
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Usage de gants
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
Accusation de rébellion
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Menace avec une arme de poing
Agressivité, manque de respect, insultes
Refus de soins ou de médicaments
Propos sexistes
Propos homophobes
Propos racistes
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
Intimidation ou arrestation des témoins
Obstacle à la prise d’images
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
X
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Pression pour signer des documents
Confiscation, détérioration, destruction des effets personnels
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
Complaisance des médecins
Absence de procès-verbal
PROCÉDURE
00.00.2000 – Classement sans suite de la plainte par l’IGPN
Acte 2 des Gilets jaunes, à l’angle de la rue du colisée et de l’avenue des Champs-Elysées (de part et d’autre des magasins DISNEY et enseigne POMME DE PAIN) quasiment en face du cinéma Gaumont. Jérôme raconte…
“10:00 : Arrivée à Paris où nous nous sommes baladés dans les rues. En suivant plusieurs personnes, nous nous sommes retrouvés aux Champs-Elysées.
Là-bas, tout est parti dans tous les sens, nous ne savions plus où nous étions, complètement dans le flou, à ne plus avoir de repères.
J’ai vu dès le matin, un CRS tirer dans le dos d’un homme à une distance de 5-6 mètres, alors que celui-ci courait pour fuit et se mettre à l’abri… (cet homme leur parlait sans leur manquer de respect, sans les insulter).
Après j’ai vu des personnes âgées, des femmes, des hommes, des adolescents se faire gazer, matraquer, arroser par les camions anti-émeute (canon à eau), toute cette journée qui me paraissait interminable. Sans compter toutes ces grenades explosives anti-encerclement qui, lorsqu’elles explosent, vous donne vraiment le sentiment d’être en GUERRE. Sans compter que les CRS bloquaient les rues adjacentes, pour mettre en place la technique de nasse. Cette violence inconsidérée de leur part, sans comprendre les causes ou raisons et ce, dès notre arrivée aux Champs vers midi.
JOURNÉE TRAUMATISANTE POUR BEAUCOUP
Alors oui, effectivement, j’y ai vu des personnes mal intentionnées ce jour-là (casseurs, profiteurs, opportunistes) mais en nombre très réduit, et bizarrement certains avec la musique dans les oreilles… Par contre, les forces de l’ordre positionnées non loin de ces groupes de casseurs isolés n’agissaient pas et les ont laissé faire.
Vers 16:30, je cherchais ma femme que j’avais perdu de vue avec les mouvements de foules suite aux charges des CRS (lancé de grenades explosives anti-encerclement, lacrymogènes et les tirs de LBD.
Et BOUMMMM, il m’a touché …
Dans ma tête, tempe gauche au moment où je me retournais pour rejoindre mes concitoyens et surtout chercher ma femme désespérément.
Tout ceci s’est passé très vite.
J’ai senti un impact extrêmement violent, ça résonne dans ma tête, ça bourdonne, mais je marche, je marche rapidement, instinct de survie certainement, je ne sais pas où je vais, je saigne, je me mouche plein de sang… Je comprends alors que c’est grave, très grave, les gens me regardent apeurés. LA, JE CROIS QUE JE VAIS MOURIR ;
Un homme (que je remercie d’ailleurs) m’a vu et a demandé un mouchoir et de l’aide. Deux jeunes filles que je n’oublierais jamais ont essuyé le sang et m’ont accompagné jusqu’au camion de pompier à proximité.
Là, les pompiers m’ont mis une compresse sur l’œil avec du désinfectant et m’ont dit d’aller à l’hôpital par mes propres moyens, sachant que l’hôpital le plus proche était à 1h à pied de là où nous étions…
CHI KA (Pseudo) qui habite à Châteaudun (28) est également restée avec moi jusqu’à l’arrivée de ma femme.
Merci à toutes ces personnes qui ont essayé de m’aider, votre prévenante et gentillesse m’ont énormément touché.
Après 3 heures et demie de transport en métro (pleins de gaz et beaucoup de stations fermées), de taxi (plusieurs nous ont refusé) et de marche, je suis arrivé à l’Hôpital Bichat (18ème) où on m’a toute de suite dit que c’était mon œil et qu’il ne pouvait pas me prendre en charge, me conseillant de me rendre (toujours par mes propres moyens) à la Fondation Ophtalmologique Rothschild.
Je repars et reprends un autre métro toujours accompagné de ma femme, pour arriver à la Fondation Ophtalmologique Rothschild (19ème) où j’ai enfin pu être pris en charge rapidement par des professionnels.
Le chirurgien urgentiste consulte mon œil avec précautions, il décide de m’opérer en urgence pour arrêter l’hémorragie et essayer de reconstruire au maximum l’œil, me disant qu’il allait faire tout ce qu’il pouvait pour sauver mon œil qui était très abimé. Mais que si je ne voyais pas de lumière on comprendrait ce que cela voulait dire…
Mais je n’ai rien vu, pas une once de luminosité…
Je reste hospitalisé 6 jours… Le vendredi suivant, le 30 Novembre, je suis enfin rentré chez moi auprès de ma femme et de mes enfants.
Lundi 2 décembre retour à la Fondation Ophtalmologique Rothschild.
Mauvaise nouvelle, j’ai encore beaucoup de sang dans l’œil qui ne se résorbe pas, les chirurgiens sont inquiets, ils décident de réopérer mon œil le lendemain en urgence (mardi 3 décembre).
Cette fois-ci, ma femme s’organise pour me récupérer le soir même de l’opération pour me ramener, le lendemain, en fin de matinée (donc le mercredi 4 décembre) pour un contrôle de l’œil après opération ? L’œil a ressaigné mais le chirurgien n’est pas inquiet, j’ai donc un autre rdv le lundi 7 Novembre pour un autre contrôle.
La sentence tombe : je serais définitivement aveugle de mon œil gauche en plus des multiples fractures osseuses de l’orbite ainsi que la plaque derrière l’œil et les sinus côté gauche, 6 points de sutures pour arrêter l’hémorragie de l’œil ainsi que des micro-points, il faudra d’autres opérations pour l’esthétique car l’œil a été abimé aux deux tiers.
Le SAMEDI 24 NOVEMBRE 2018, ma femme et moi, étions allés à Paris afin de montrer notre mécontentement légitime, estimant que c’était notre droit et devoir de citoyen.
Ayant 5 enfants (famille recomposée), étant salarié dans le commerce et ma femme en formation, nos fins de mois sont très difficiles avec un découvert bancaire dès le début du mois et ce malgré nos efforts constants au quotidien, comme la plupart de nos concitoyens d’ailleurs.
Malheureusement, ce jour-là, j’ai vraiment pris conscience que nous ne vivions plus en démocratie.
La liberté d’expression ainsi que nos droits les plus légitimes ont été bafoué au plus haut point vu les actes disproportionnés et gratuits commis par les forces de police.
Depuis ce jour-là, malheureusement, ma vision de la vie a changée. »
Le 31 juillet 2018, les trois CRS des compagnies 40 et 61 étaient de la fête : évacuation de migrants sous un pont de bretelle routière près de la rocade à Calais.
Thomas Ciotkowski, un bénévole britannique trentenaire de Help Refugees, circule en camionnette avec l’un de ses amis. Apercevant trois personnes en train de se faire contrôler par quelques policiers, à proximité de migrants, il s’arrête pour filmer la scène. Les fonctionnaires décident alors « d’évincer » l’ensemble du groupe.
Extrait du PV, dans lequel Laurent M. déclare :
Nous avons essayé de les repousser, mais ça durait et, à ce moment-là, l’individu anglais que nous avons interpellé après a commencé à parler fort, à crier et nous a insultés dans sa langue en ces termes “bitch-bastard” et il est venu à mon contact, puis a positionné ses mains sur ma poitrine et m’a poussé en arrière. J’ai effectué un geste pour le repousser, il a reculé et comme derrière lui se trouvait la glissière de sécurité, il a basculé en arrière et, comme il me tenait, j’ai suivi et j’ai basculé avec lui. Nous nous sommes retrouvés au sol tous les deux et j’ai procédé à son interpellation.
– Est-ce que les insultes ont été prononcées plusieurs fois ?
– Oui, plusieurs fois en anglais, à chaque fois qu’on essayait d’avancer, ils nous repoussaient tout en nous insultant. »
Ses deux collègues confirment tout sur procès-verbal l’ensemble de ces déclarations, ajoutant même : « Ils étaient agressifs envers nous et nous ont copieusement insultés en anglais, de mots comme “bastard, bitch, fuck…” et j’en passe », assure le brigadier G. Quant au gardien de la paix L., il est formel : « J’ai vu l’individu qu’on a ramené qui s’est approché du chef M. et l’a poussé au niveau du torse. J’ai entendu le chef M. dire aux Anglais “Me pousse pas », mais le gars l’a refait, donc le chef M. l’a repoussé mais en reculant l’individu a butté contre la glissière de sécurité et est parti en arrière en s’agrippant au chef M., ils sont tombés tous les deux. »
Thomas est interpellé, renvoyé pour outrage et violences sur policier et relaxé en 2019 sur la base de vidéos prises de bénévoles qui contredisent les dires des fonctionnaires des forces de l’ordre : on l’y voit bousculé par le CRS et tomber seul par-dessus la glissière au moment où passe un camion… La procureure Dorothée Perrier, évoque la « désagréable impression » que le contenu des PV « ne correspondait pas du tout à la vérité » et semblaient avoir été rédigés « pour couvrir des violences et justifier une interpellation intempestive« .
Violences physiques
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pied/genou sur la nuque, le thorax ou le visage
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Clés aux bras douloureuses
Doigts retournés
Arrosage
Morsures de chien
Plaquage ventral / mise à plat-ventre / décubitus ventral (DV)
“Pliage” (maintien d’une personne en position assise, la tête appuyée sur les genoux)
“Tamponnage” (percussion par un véhicule de police)
Tirage par les cheveux
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Usage de gants
Usage d’arme à feu
Usage de “Bean bags” (un sac de coton contenant de minuscules billes de plomb)
Usage de FlashBall
Usage de grenade assourdissante
Usage de grenade de désencerclement
Usage de grenade lacrymogène
Usage de LBD40
Usage de matraques
Usage de spray lacrymogène
Usage de Taser
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
Accusation de rébellion
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Menace avec une arme de poing
X
Agressivité, manque de respect, insultes
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Propos sexistes
Propos homophobes
Propos racistes
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
X
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
Intimidation ou arrestation des témoins
X
Obstacle à la prise d’images
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
Refus de soins ou de médicaments
X
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Insuffisance ou absence de surveillance pendant la détention
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Pression pour signer des documents
Absence de procès-verbal
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
Complaisance des médecins
Nassage (enfermement de manifestants dans une souricière)
Position inconfortable prolongée
02.09.2021 – Condamnation à à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans d’interdiction d’exercer pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique sans ITT et faux en écriture publique pour Laurent M. Relaxe de G. et L. du chef de faux en écriture publique
06.2021 – Audience du Tribunal correctionnel : un an d’emprisonnement avec sursis et cinq ans d’interdiction d’exercer requis par le Parquet contre Laurent M. ; six mois de prison avec sursis et une interdiction d’exercer pendant un an contre G. et L.
2019 – Relaxe des chefs de violence et d’outrage envers des policiers
17 ans. Coups de pied et de poing sur le corps et au visage : 15 jours d’ITT, notamment fracture du plancher orbital
Ishaq était en vacances chez ses grands frères à Marseille. Le 20 février, il sort vers 22:30 acheter des cigarettes dans une épicerie de nuit, « à 100 mètres du domicile de sa famille« , selon son frère Jamel. Au retour, dans une ruelle, il voit une voiture de police se garer à son niveau.
D’après le lycéen, version rapportée par l’AFP, un policier lui aurait d’abord asséné un coup de poing dans l’œil, sans aucune raison, puis, rejoint par son collègue, plusieurs coups de pied et de poing sur le corps et au visage.
Selon son avocate Me Sennaoui :
Deux policiers sont sortis de leur véhicule à son niveau, l’ont humilié verbalement puis l’ont agressé physiquement[…]Ils lui ont dit qu’il y avait eu un braquage et qu’il ressemblait au braqueur recherché, mais l’enquête de l’IGPN a démontré qu’il n’y avait jamais eu de braquage.«
Dans le rapport de l’IGPN, remis en avril 2019, les deux agents de la Compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI), le brigadier-chef de 42 ans Lionel P., et le gardien de la paix de 33 ans Thomas B., ne parlent plus de braquage, mais assurent avoir « poursuivi un jeune qui s’enfuyait » sans jamais le toucher.
« Pourtant de l’ADN d’un des deux policiers a été retrouvé sur un stylo du syndicat alliance police nationale à proximité de la victime et l’ADN de l’autre policier sur la veste de mon client« , selon Me Sennaoui.
Pour l’IGPN, ces éléments ainsi que le témoignage de l’épicier qui a vu le jeune repartir le visage tuméfié, attestent des « violences commises sur la personne d’Ishaq« . Une agression qualifiée de « gratuite et déplorable » par la procureur Virginie Taventi lors de l’audience du tribunal correctionnel de mars 2020.
Ishaq a reçu 15 jours d’ITT, souffrant notamment d’une fracture du plancher orbital.
Violences physiques
Bousculade / projection
X
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pied/genou sur la nuque, le thorax ou le visage
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Clés aux bras douloureuses
Doigts retournés
Arrosage
Morsures de chien
Plaquage ventral / mise à plat-ventre / décubitus ventral (DV)
“Pliage” (maintien d’une personne en position assise, la tête appuyée sur les genoux)
“Tamponnage” (percussion par un véhicule de police)
Tirage par les cheveux
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Sévices sexuels
Usage de gants
Usage d’arme à feu
Usage de “Bean bags” (un sac de coton contenant de minuscules billes de plomb)
Usage de FlashBall
Usage de grenade assourdissante
Usage de grenade de désencerclement
Usage de grenade lacrymogène
Usage de LBD40
Usage de matraques
Usage de spray lacrymogène
Usage de Taser
Usage de tranquillisants
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
Accusation d’entrave à la circulation
Accusation de rébellion
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Accusation de manque de respect
Accusation de refus d’obtempérer
Prise de photos, empreintes, ADN
Menace avec une arme de poing
Tir dans le dos
X
Charge sans avertissement
Course-poursuite
X
Agressivité, manque de respect, insultes
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Propos sexistes
Propos homophobes
Propos racistes
Problèmes de santé mentale
Non-assistance à personne en danger
Harcèlement
Arrestation
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
Intimidation, chantage, menaces
Intimidation ou arrestation des témoins
Obstacle à la prise d’images
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
Refus de soins ou de médicaments
Perquisition
Fouille
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Insuffisance ou absence de surveillance pendant la détention
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Pression pour signer des documents
Absence de procès-verbal
Détention
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
Complaisance des médecins
Nassage (enfermement de manifestants dans une souricière)
Position inconfortable prolongée
14.05.2020 – Jugement rendu par le Tribunal correctionnel de Marseille : Lionel P. et Thomas B. condamnés à quatre ans de prison, dont deux fermes. Pas de demande de placement en détention.
00.03.2020 – Audience du Tribunal correctionnel de Marseille
17.10.2019 – Audience du Tribunal correctionnel de Marseille
22 ans. Violé avec une matraque télescopique manche équipé d’un grip antidérapant lors de son interpellation : graves séquelles permanentes
Le , à 16 h 53, quatre policiers contrôlent un groupe de jeunes gens.
Théo, 22 ans, éducateur de quartier, est maîtrisé par trois fliccs, un quatrième tient le groupe à distance à l’aide de gaz lacrymogène. À la suite de cette interpellation, Théo souffre d’une plaie longitudinale de 10 cm du canal anal et d’une section du muscle sphinctérien, causés par l’insertion d’un bâton télescopique, entraînant une incapacité temporaire de travail (ITT) de 60 jours.
La version de la police
Selon le flic, Théo se serait interposé violemment pendant que l’unité procédait à l’interpellation d’un dealer, qui aurait donc pu s’enfuir. Selon cette version des faits, l’immobilisation de Théo aurait eu lieu après que celui-ci aurait donné, un coup de poing au visage de ce policier.
À l’audition du policier mis en examen pour viol, celui-ci déclare n’avoir frappé que les jambes et n’avoir aucune idée de comment Théo a été blessé. L’usage de gaz lacrymogène, interdit dans ces circonstances, fut selon ce policier, accidentel selon sa déclaration au Dauphiné libéré.
La version de Théo
Il se rendait auprès d’une amie de sa sœur et avait aperçu des amis du quartier. S’approchant, il reçoit l’ordre de policiers, venus à la rencontre du groupe, de se placer contre le mur pour une palpation. Un des hommes contrôlés demanda pourquoi un des agents le menaçait d’une amende de 450 € et ce dernier aurait répliqué par une « grosse gifle ». Théo affirme avoir pris la défense de la victime de la gifle, et aurait alors été frappé et insulté, tandis qu’il se débattait.
Il dit également avoir été l’objet d’insultes racistes (notamment « bamboula »), de nouveaux coups et de crachats dans la voiture de police, et affirme avoir été pris en photo en position humiliante par les policiers via l’application Snapcha.
La version de la justice
Le procès de trois des quatre policiers, Marc-Antoine Castelain, Jérémie Dulin et Tony Hochart, s’ouvre le [90],[91],[92],[93],[94],[95]. Il s’agit principalement de déterminer si le coup était légitime et proportionné à la situation ou non. Les agents de l’IGPN ayant mené l’enquête témoignent en faveur de l’accusé, expliquant que même si Théo« ne représentait pas un danger » en s’opposant à son interpellation, « le coup [était] légitime ». Le commissaire divisionnaire de l’IGPN qui a conduit l’enquête administrative prédisciplinaire (qui a proposé la radiation, finalement transformée en blâme) conclut lui à « un usage disproportionné de la force », selon lui « rien ne justifiait ce coup, la justification [que M. Castelain] nous en a donnée n’était pas bonne ». Des peines allant de trois mois à trois ans de prison avec sursis ont été requises. La défense évoque une « violence légitime », préfère parler de « séquelles » que d’infirmité permanente, et plaide l’acquittement.
Les policiers sont condamnés à des peines allant de trois à douze mois de prison avec sursis. Marc-Antoine Castelain est condamné à douze mois de prison avec sursis et une interdiction d’exercer sur la voie publique pendant cinq ans.
Ce que la défense présentait comme une « infirmité permanente » de la victime n’est pas retenu par la cour, qui « n’a pas la conviction que les lésions organiques, en dépit de leur caractère particulièrement grave, ont entraîné pour lui la privation irrémédiable de l’usage de ses facultés organiques, dépassant de simples gênes ou amoindrissements ». En conséquence, c’est du délit de « violences volontaires », que Marc-Antoine Castelain est déclaré coupable, et non du crime de « violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente » qui avait justifié le procès en assises.
Violences physiques
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pied/genou sur la nuque, le thorax ou le visage
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Clés aux bras douloureuses
Doigts retournés
Arrosage
Morsures de chien
Plaquage ventral / mise à plat-ventre / décubitus ventral (DV)
“Pliage” (maintien d’une personne en position assise, la tête appuyée sur les genoux)
“Tamponnage” (percussion par un véhicule de police)
Tirage par les cheveux
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Usage de gants
Usage d’arme à feu
Usage de “Bean bags” (un sac de coton contenant de minuscules billes de plomb)
Usage de FlashBall
Usage de grenade assourdissante
Usage de grenade de désencerclement
Usage de grenade lacrymogène
Usage de LBD40
X
Usage de matraques
Usage de spray lacrymogène
Usage de Taser
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
X
Accusation de rébellion
X
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Menace avec une arme de poing
X
Agressivité, manque de respect, insultes
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Propos sexistes
Propos homophobes
X
Propos racistes
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
Intimidation ou arrestation des témoins
Obstacle à la prise d’images
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
Refus de soins ou de médicaments
X
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Insuffisance ou absence de surveillance pendant la détention
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Pression pour signer des documents
Absence de procès-verbal
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
Complaisance des médecins
Nassage (enfermement de manifestants dans une souricière)
Position inconfortable prolongée
19.01.2024 – Condamnation par cour d’assises de Seine-Saint-Denis, de Marc-Antoine Castelain, Jérémie Dulin et Tony Hochart
09.01.2024 – Ouverture du procès devant la cour d’assises de Seine-Saint-Denis
13.01.2021 – Avis de blâme du conseil de discipline pour deux des trois policiers; à confirmer par le Préfet
26.11.2020 – Renvoi devant les assises trois des quatre policiers par le juge d’instruction pour «violences volontaires avec circonstances aggravantes»
00.10.2020 – Renvoi devant les assises par le parquet de Bobigny de trois policiers pour «violences volontaires»; la qualification de « viol aggravé » contre un autre des policiers est écartée
23.07.2020 – Clôture de l’enquête; mise en examen des quatre policiers, dont l’un pour viol
21.08.2019 – Une expertise médicale conclut que la victime souffre de séquelles irréversibles depuis l’interpellation
00.02.2018 – Une expertise médicale conclut que Théo n’a pas subi de pénétration anale
00.01.20218 – Publication de la vidéo de l’interpellation
00.03.2017 – Modification de son témoignage par Théo
00.00.2017 – Ouverture d’une information judiciaire pour « violences volontaires en réunion par personnes dépositaires de l’autorité publique » par le Parquet
23 ans. Atteint d’une balle dans le thorax : décédé
Évadé de zonzon, William est à bord d’une camionnette à l’arrêt que des gendarmes décident de contrôler : l’engin correspond peut-être au signalement d’un véhicule utilisé pour commettre des délits plus tôt dans la nuit. Le jeune Kanak panique et tente de prendre la fuite au volant de son véhicule.
Un bleu se trouve sur son chemin et évite un choc dangereux en sautant dans le fossé. Un de ses collègues, arrivé sur l’archipel depuis 12 jours brandit son pistolet et tire à hauteur d’homme au lieu de viser les pneus. William prend un balle dans le thorax. Il décède quelques heures plus tard à l’hôpital.
Violences physiques
Bousculade / projection
Coups de pieds, coups de poings, gifles
Pied/genou sur la nuque, le thorax ou le visage
Coups à terre ou alors que la victime est maîtrisé.e
Coups sur les oreilles
Étranglement
Clés aux bras douloureuses
Doigts retournés
Arrosage
Morsures de chien
Plaquage ventral / mise à plat-ventre / décubitus ventral (DV)
“Pliage” (maintien d’une personne en position assise, la tête appuyée sur les genoux)
“Tamponnage” (percussion par un véhicule de police)
Tirage par les cheveux
Serrage douloureux des colsons ou des menottes
Tirage par les colsons ou des menottes
Sévices sexuels
Usage de gants
X
Usage d’arme à feu
Usage de “Bean bags” (un sac de coton contenant de minuscules billes de plomb)
Usage de FlashBall
Usage de grenade assourdissante
Usage de grenade de désencerclement
Usage de grenade lacrymogène
Usage de LBD40
Usage de matraques
Usage de spray lacrymogène
Usage de Taser
Usage de tranquillisants
Violences psychologiques
Accusation de trouble à l’ordre public
Accusation d’entrave à la circulation
Accusation de rébellion
Accusation de coups à agent
Accusation de menace à agent
Accusation d’injure à agent
Accusation de manque de respect
Accusation de refus d’obtempérer
Prise de photos, empreintes, ADN
Menace avec une arme de poing
Tir dans le dos
Charge sans avertissement
Course-poursuite
Agressivité, manque de respect, insultes
Appel à faire cesser les souffrances restés sans effet
Propos sexistes
Propos homophobes
Propos racistes
Problèmes de santé mentale
Non-assistance à personne en danger
Harcèlement
Arrestation
Violences de la part de collègues policiers
Passivité des collègues policiers
Défaut ou refus d’identification des policiers
Contrôle d’identité à titre vexatoire ou d’intimidation
Intimidation, chantage, menaces
Intimidation ou arrestation des témoins
Obstacle à la prise d’images
Refus de prévenir ou de téléphoner
Refus d’administrer un éthylotest
Refus de serrer la ceinture pendant le transport
Refus d’acter une plainte
Refus de soins ou de médicaments
Perquisition
Fouille
Mensonges, dissimulations, disparition de preuves
Déshabillage devant témoins de l’autre sexe
Flexions à nu devant témoins
Insuffisance ou absence de surveillance pendant la détention
Absence de signature du Registre des effets personnels lors de la détention
Pression pour signer des documents
Absence de procès-verbal
Détention
Privations pendant la détention (eau, nourriture)
Conditions sanitaires inappropriées pendant la détention (température, hygiène, lumière)
Complaisance des médecins
Nassage (enfermement de manifestants dans une souricière)
Position inconfortable prolongée
23.05.2020 – Reconstitution
00.00.2017 – Ouverture d’une information judiciaire
17.02.2017 – Plainte contre X de la famille pour homicide involontaire, puis plainte pour meurtre avec constitution de partie civile
03.01.2017 – Le Procureur de la République Alexis Bouroz, du parquet de Nouméa, conclut à la légitime défense
29.10.2016 – Agression de William; déc!s de William; Ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet de Nouméa
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Dernière mise à jour : il y a 6 mois - Publié le
Appel à témoins - Lyon 1er mai 2025
APPEL À TÉMOINS
VIOLENCES POLICIÈRES À LYON LE 1ER MAI 2025
🔸 Sur la fin de la manifestation du #1erMai #Lyon, un peu avant d’arriver sur la place Jean Macé, une personne s’est faite éclater au tonfa par les flics (3 points de suture à la tête, de nombreuses contusions dans la dos). La personne souhaite faire un appel à témoins pour retrouver si possible des vidéos qui pourraient servir de preuve de ce qui lui est arrivé.
🔸 Si vous avez des informations à partager sur cette violence policière, merci de vous signaler dans un premier temps par le biais de Rebellyon : contact@rebellyon.info