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04.12.2020Les forces du désordre : CRS et manifestants

Une course poursuite entre une femme en fauteuil roulant et un canon à eau, une rencontre imprévue entre deux gilets jaunes et un CRS racontant sa pire manifestation en vingt ans de métier. Entre Toulouse et Paris, trois récits, trois profils singuliers avec pour point commun : la violence.

Alors que certains points du texte de la loi de Sécurité Globale ravivent les tensions entre policiers et manifestants, la question des violences et de son impunité est au centre des débats.

Les scènes de débordement lors de manifestations sont devenues fréquentes. Les uns dénoncent les violences policières et leur impunité auprès de la loi tandis que, de l’autre côté de la barricade, on fustige ceux qu’on appelle les casseurs.

– Le premier récit se passe le 1er décembre 2018 à Paris, pendant l’acte 3 des gilets jaunes. Un CRS délégué UNSA raconte particulièrement quelques heures où il doit déloger des manifestants d’un hôtel particulier donnant sur l’arc de Triomphe.

Son métier était une vocation, il le pratique depuis septembre 2006. Son travail consiste normalement à encadrer les manifestations pour éviter les débordements. Pendant longtemps, lors des manifestations, lui et ses collègues avaient pour ordre de rester passif.

On nous a clairement indiqué de désormais répondre aux violences qu’on subissait.

Le 1er décembre 2018, avec les gilets jaunes, ça a été plus de 12 heures de bagarre de rue. Je n’ai jamais vu de manifestation aussi violente.

L’armurier venait nous ravitailler de l’autre côté de la barricade, on n’avait plus rien et, de l’autre côté, on entendait dire « il faut en buter un ».

En une seule journée, j’ai tiré 70 cartouche de LBD, autant qu’en 20 ans de carrière dans la police.

S’il reconnaît le devoir d’exemplarité de sa profession, il évoque la fatigue et les violences subies à répétition pour justifier une contre-violence qu’il estime légitime et nécessaire au maintien de l’ordre et de la sécurité de ses collègues.

Si on n’avait pas réagi par la violence le 1er décembre 2018, il y aurait eu des policiers qui seraient morts.

– Dans le cortège des gilets jaunes, le 13 avril 2019 à Paris du côté de la rue de Rivoli, lors de l’acte 22, des manifestants de toute la France et de tous les âges, se rencontrent.

Il y a des provocations, on nous incite à la violence, on a des blessés. Quand on ne casse pas, on ne nous écoute pas.

Entre manifestants et policiers, les tensions sont palpables, mais chacun fait plus ou moins attention à ne pas faire d’amalgames.

Moi, j’ai du respect envers les bons flics. Les CRS, je les respecte, ce sont les vrais. A l’acte 6, ils ont enlevé leurs casques, ils ont baissé leurs boucliers et ont discuté avec nous pendant près de 30 minutes.

Nous rencontrons deux hommes qui se dirigent vers l’hôtel de ville, afin de rejoindre le cortège de l’acte 22. L’un a 19 ans, l’autre 48. Tous deux sont remontés contre l’Etat, le capitalisme et la police.

On ne va rien lâcher, on va continuer à se battre.

– Odile est quinquagénaire. Atteinte d’une maladie génétique, elle se déplace en fauteuil électrique depuis une vingtaine d’années. Elle se bat contre le « validisme », c’est-à-dire les discriminations contre les personnes vivant un handicap. Le combat contre le validisme a pour but de rendre accessible tous les espaces, y compris les manifestations aux personnes en situation de handicap.

J’ai pensé que c’était important que les personnes qui ont des problèmes de mobilité soient présentes, de manière visible.

Témoin des violences lors des manifestations des gilets jaunes, elle a besoin de s’équiper pour se protéger mais aussi de filmer les altercations avec les policiers. Elle raconte une attaque des forces de l’ordre où elle a manqué d’être éjectée de son fauteuil avant de subir cinq fractures au pied et une entorse.

C’est une question de principe, je refuse d’être violentée. Je ne répond pas à la violence mais je suis caustique, je me moque d’eux. Je revendique la provocation, c’est le minimum face à un État autoritaire qui nous violente.

Convoquée en correctionnelle pour outrage à agent et usage d’arme, elle découvre que l’arme en question est en fait son fauteuil roulant.

Je n’aime pas la violence, je ne l’approuve pas, mais je peux la comprendre.

[Source : Les Pieds sur terre]


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30.09.2020Qui détient le monopole de la violence ? Avec David Dufresne et Alain Bauer

Le réalisateur et écrivain David Dufresne sort son premier long métrage « Un pays qui se tient sage » dans lequel il décortique et analyse les violences observées lors des manifestations des Gilets Jaunes.

Hier, Amnesty International publiait un rapport dans lequel l’ONG dénonce l’usage de la loi comme « arme de répression des manifestants pacifiques en France ». Marco Perolini, chercheur pour la France à Amnesty International, condamne dans cette enquête “une volonté politique de faire des exemples et dissuader les gens de descendre dans la rue”. Si les images des violences émanant des manifestations ont été grandement relayées depuis les manifestations des Gilets Jaunes ; le traitement judiciaire des manifestations reste lui flou. Que révèle une telle enquête au sujet de l’État français ? Peut-on parler d’une violence liée au traitement judiciaire des manifestants ? L’État français a-t-il un problème au sujet de la légitimité de l’usage de la violence ?

Pour en parler, David Dufresne, écrivain et réalisateur du documentaire “Un pays qui se tient sage”, qui sort en salles le 30 septembre et Alain Bauer, professeur titulaire de la Chaire de Criminologie du Conservatoire National des Arts et Métiers et auteur de “Les Protecteurs : la gendarmerie nationale racontée de l’intérieur” aux éditions Odile Jacob sont les invités de Guillaume Erner.

[Sources : L’invité des matins, Amnesty International France]


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09.08.2020Maltraitances policières : en finir avec le silence

Sonia Kronlund dans Les pieds sur terre donne la parole à Amar Benmohamed, chef de brigade au sein de l’Unité de transfèrements de nuit au Tribunal de Grande Instance de Paris. Travaillant de nuit, il est chargé de faire l’état des lieux des personnes à transférer à Paris, Créteil, Nanterre et Bobigny. Les personnes incarcérées sont palpées, nourries, on leur donne à boire et elles ont le droit de voir un médecin. En vingt ans, il a vu les pratiques changer au sein de la police. Il remarque peu à peu que les jeunes recrues, peu accompagnées, ont une capacité d’agir bien plus ample qu’auparavant et abusent de leur pouvoir.

[Source : Les Pieds sur Terre]


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30.07.2020 – Police : l’impossible réforme ?

Darmanin, le nouveau Ministre de l’Intérieur, a dit mardi « s’étouffer » lorsqu’il entend parler de violences policières, mais des manifestations de grande ampleur ont eu lieu pour les dénoncer.

Pour le commandant Nassim, qui intervient sous pseudonyme après 37 ans d’expérience au sein de la police nationale, le racisme, loin de concerner quelques cas particuliers, forme plutôt une réalité connue de toutes et tous parmi les forces de l’ordre. « Lorsque l’on parle de brebis galeuses, j’ai envie de parler de troupeau de brebis galeuses parce que c’est une réalité. Si vous demandez à une dizaine de policiers, ont-ils déjà connu des formes de racisme ? Ont-ils déjà assisté à une scène de racisme au sein d’un service de police ? C’est impossible que vous n’ayez pas 90 voire 100% de réponses positives puisque c’est une réalité. » Pour autant, cette réalité, quand bien même parfois notifiée auprès de la hiérarchie policière, est rarement admise en-dehors de la « Maison ».

Nous sommes confrontés à une sorte de d’omerta. Je dirais même plus que ça : un déni. Un déni qui est lié au fait que si on ouvre cette boîte de Pandore, ça va avoir des répercussions. La structure, l’organisation même de la police sera remise en cause, tout comme la responsabilité de la hiérarchie.

Olivier Cahn, professeur de droit pénal à l’université de Tours et spécialiste de la politique de maintien de l’ordre préfère, lui, parler de « racisme endémique » au sein de la police nationale. Pour lui, les blocages liés à une possible réforme de l’institution sont surtout liés au risque politique qu’elle engendrerait :

La situation avance lentement parce que le gouvernement ne peut pas se permettre de déplaire à la police. La réforme de la police doit être avancée avec une extrême prudence, et on attend donc un moment qu’on estime opportun pour que la police ne réagisse pas violemment. Avec la rentrée qui s’annonce, il faut que la police soit parfaitement loyale à l’Etat.

Pour le chercheur, le macronisme n’a pas de « doctrine politique de la police », une absence qui se fait remarquer depuis plusieurs années. « Je crois que ça fait très longtemps qu’on n’a plus de projet de réforme de la police, de réflexion sur la police. On peut considérer que le dernier projet de fond, c’est la loi sur la police de proximité. Ensuite, on a eu la police de Nicolas Sarkozy : « Vous n’êtes pas des assistantes sociales et il me faut du chiffre » pour montrer à la population que la police travaille. Ensuite, on a Manuel Valls dont l’idée consiste à montrer que la gauche n’est pas laxiste en matière de police. Mais c’est pareil, ce n’est pas un vrai projet de réforme. Ensuite, on a la période du terrorisme, des attentats, et on arrive à l’actuelle présidence. Et là, on peut dire que la sécurité est un impensé du macronisme. »

[Source : France Culture]